Après l’attaque la plus meurtrière de l’histoire de la Somalie, les Etats-Unis doivent agir – Muhammad Fraser-Rahim.

L’attaque terroriste la plus meurtrière de l’histoire somalienne a eu lieu hier dans la capitale du pays, à Mogadiscio, avec au moins 300 morts et des centaines de blessés. Aucun groupe n’a actuellement revendiqué l’attaque, mais en se basant sur les attaques terroristes antérieures, Al Shabaab, l’organisation terroriste basée en Afrique de l’Est, en est probablement l’auteur. Le président Mohamed Abdullahi Farmajo a déclaré trois jours de deuil national et s’est joint à des milliers d’autres personnes qui ont répondu présent en donnant de leur sang dans les hôpitaux de la région.

Cette attaque perpétrée au sein du territoire somalien prend place alors que le gouvernement du pays ainsi que la communauté internationale se battent depuis une dizaine d’années contre ce groupe islamiste somalien. Au cours des derniers mois, cette organisation terroriste a particulièrement essayé de diversifier ses tactiques si l’on compare aux années précédentes, notamment en recourant de plus en plus à des kamikazes et à des véhicules trafiqués pour attaquer des cibles civiles, militaires et politiques. Cela laisse supposer que cet attentat pourrait faire suite à cette tendance. Elle suit également une tendance empruntée à d’autres réseaux terroristes comme l’Etat islamique ou Al-Qaïda : une bombe cachée dans un ordinateur portable, la marque de fabrique d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique.

Malgré la motivation du peuple somalien, cette attaque est un coup dur pour les progrès réalisés à l’intérieur du pays. Ces dernières années, Al-Shabaab a également subi de lourds revers et a été plus que jamais épié, grâce à l’appareil de sécurité somalien prenant de plus en plus de poids et assurant une coordination militaire calculée avec ses partenaires occidentaux afin d’éliminer des cibles extrémistes dangereuses. Le succès a été amplifié par la transition en douceur du pouvoir avec l’élection des trois derniers présidents dont Cheikh Sharif et Hassan Sheikh, ainsi que par les systèmes bancaires internationaux tels que MasterCard et Visa, désormais présents à l’intérieur du pays.

Pour les Etats-Unis, la Somalie demeure une priorité absolue et le nouveau gouvernement Trump a souligné en début d’année qu’elle est une « zone d’hostilités actives » donnant une place aux efforts de l’armée et des services de renseignements étasuniens pour opérer beaucoup plus librement et afin de s’engager dans la lutte contre la menace des groupes transnationaux. Compte tenu de l’importance stratégique de la Somalie pour les Etats-Unis et ses alliés, les recommandations suivantes sont formulées par des responsables politiques américains et internationals :

Travailler au niveau régional : les Kényans ont fait un effort, si ce n’est le plus gros effort pour combattre la menace d’Al-Shabaab. Sa proximité avec la Somalie et sa compréhension des réseaux locaux doivent être renforcées afin de trouver le juste équilibre de partage avec d’autres organismes régionaux et multinationaux pouvant aider les partenaires étasuniens et les alliés dans leur lutte contre ce groupe extrémiste.

Etablir une ambassade des Etats-Unis sécurisée à Mogadiscio : la présence étasunienne est vouée à rester en Somalie et, malgré l’insécurité résidante aux frontières, il existe une forte volonté politique à Villa Somalia d’agir contre la menace qui pèse sur le pays. En déplaçant ses opérations à l’intérieur de la Somalie, les Etats-Unis viendront compléter et démontrer le sérieux des étasuniens à l’intérieur et la Somalie. Cela permettra à d’autres pays ayant une forte présence diplomatique, économique et militaire d’emboiter le pas, comme la Turquie et une demi-douzaine de pays du Golfe.

Elaborer une véritable politique étasunienne à l’égard de la Somalie : il n’existe pas de politique à l’égard de la Somalie, les Etats-Unis n’ont pas été un pays leader de lutte contre le terrorisme en Somalie et beaucoup de ses actions ont été externalisées. A ce titre, les Etats-Unis doivent mettre sur pied un groupe de travail étasunien en Somalie, comme en Irak et en Afghanistan, comme le démontrent nos campagnes comme celles contre l’Etat islamique ou contre Al-Qaïda. Sans ces efforts de soutien, nous verrons les actions d’Al-Shabaab augmenter et probablement être encore plus meurtriers.
Accroître le soutien financier de lutte contre le terrorisme à la Somalie : l’appareil de sécurité national somalien a besoin d’une aide considérable. Cependant, il faudra que l’Occident et les partenaires alliés accompagnent véritablement la Somalie afin de ne pas gaspiller de temps, d’argent et de ressources. Fournir des résultats précis et mesurables pour établir les efforts appropriés à leur réussite doit pouvoir être coordonné grâce aux réseaux diplomatiques, de renseignements et militaires à l’intérieur du pays, en plus d’assurer une action rapide dans un environnement en constante évolution.

Muhammad Fraser-Rahim est le directeur exécutif de Quilliam International, Amérique du Nord, la première organisation de lutte contre l’extrémisme établie il y a plus d’une décennie avec des bureaux à Londres et Washington.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *