Bien sûr, la question de race est importante dans le scandale des abus sexuels de Rotterdam. Jusqu’à ce que nous l’admettions, nous ne pouvons pas nous attaquer au problème – Muna Adil.

La députée travailliste Sarah Champion a été forcée de démissionner après avoir dénoncé l’accroissement des abus sexuels dans son pays. Sarah Champion était la députée de Rotterdam, une circonscription qui, entre 1995 et 2013, a vu 1400 enfants violés, maltraités, vendus et torturés par des « gangs » d’origine sud-asiatique. Le crime de Sarah Champion a été d’énoncer les faits tels qu’ils sont : « La Grande Bretagne a un problème avec les hommes britanniques d’origine pakistanaise violent et exploitent des filles blanches ».

Les critiques, y compris de la part du leader travailliste Jeremy Corbyn et de son collègue Naz Shah, ne se sont pas faites attendre. Ils affirment que l’article de Sarah Champion dans The Sun contenait des « déclarations qui incitent à l’islamophobie et qui stigmatisent des communautés entières ».

Alors que le désir de la gauche d’occulter les preuves tangibles et les faits concernant les minorités est, à l’heure actuelle, attendu, ce nouveau débat qui semble émerger dans ses rangs semble troublant. Un argument particulièrement troublant avancé par Sean O’Grady dans son article intitulé « Ne nous apitoyons pas sur le sort de Sarah Champion – elle savait exactement ce qu’elle faisait » semble ouvertement écarter l’importance des preuves empiriques et de la recherche scientifique et universitaire. Dans son article, O’Grady fait plusieurs déclarations, dont :

« La vraie question est celle-ci : même si vous êtes d’accord pour dire qu’il y a un problème avec certains hommes pakistanais, qu’est-ce que vous êtes censés faire de cette intuition ? »

« Dire qu’il y a un problème avec certains hommes d’origine pakistanaise ne nous mènera nulle part et ne forcera aucune arrestation ou ne permettra pas de sauver une seule fille ».

« Nous n’avons pas besoin d’un débat à caractère raciste, pas plus que d’un débat sur le vol à l’étalage ou la corruption d’entreprise, parce que cela est une erreur ».

Non seulement cet argument est ridicule, mais il est erroné sur le plan des faits. Si l’on se rend compte dans certains dossiers de criminalité qu’une sous-section de la société est surreprésentée dans le profil du délinquant, c’est notre devoir académique, notre intérêt humain et surtout, notre devoir moral que d’enquêter sur le dénominateur commun, quel qu’il soit.

En fait, notre recherche à Quilliam a démontré le contraire de l’argument de M. O’Grady: la race est un facteur central dans ce profil de criminalité, non seulement en ce qui concerne les délinquants, mais aussi les victimes qui appartiennent en grande partie aux mêmes groupes démographiques de jeunes, de Blancs et de femmes.

L’absence d’une discussion sérieuse sur la nature de ces crimes a conduit à un vide dans le dialogue public qui a été exploité à plusieurs reprises par des groupes d’extrême droite qui souhaitent diaboliser des communautés entières. Les conclusions données par l’extrême droite provoquent alors un tollé tout aussi ridicule que l’extrême gauche. Une approche analytique et objective de la question est impérative pour parvenir à une solution.

Un prochain rapport de Quilliam tentera de faire la lumière sur la question, mais voici un aperçu de ce que nous avons trouvé jusqu’ à présent : les Asiatiques ou les britanniques d’origine asiatique représentent 6,9 % de la population britannique, mais ils sont responsables de près de la moitié, soit 46 %, des crimes d’exploitation sexuelle des enfants.

Pourtant, un rapporté du Comité spécial des Affaires Intérieurs sur les abus sexuels affirme que « la grande majorité des délinquants sexuels condamnés au Royaume-Uni sont des hommes blancs célibataires » et ajoute au passage qu’il semble y avoir une « perception répandue » montrant que la majorité des auteurs de tels actes sont d’origines asiatique et conclut enfin qu’ « il n’y a pas de lien simple entre la race et l’exploitation sexuelle des enfants ».

En effet, il n’y a pas de « lien simple » entre l’ethnicité et les groupes mettant en place des trafics sexuels d’enfants, mais plutôt une relation profonde et compliquée que les hommes pakistanais britanniques partagent avec leur région adoptive.

Plus de 60% de la population pakistanaise britannique provient du quartier de Mirpur au Cachemire, une région largement rurale du Pakistan où les attitudes régressives à l’égard des femmes, du sexe et des relations persistent encore aujourd’hui.

Arrivés au Royaume-Uni dans les années 1950 pour répondre à une demande croissante de main-d’œuvre, les hommes britannique d’origine pakistanaise ont une histoire relativement courte avec la Grande-Bretagne, et 60 années de vie au Royaume-Uni ne sont peut-être pas suffisantes pour abandonner des pratiques culturelles et sociales profondément enracinées à travers le temps et les générations.

Le phénomène de « gangs » sur ce genre de questions confirme en outre que ces délinquants gravitent les uns vers les autres sur la base d’une idéologie commune, distincte de leurs tendances criminelles collectives. Ceci constitue un contraste frappant avec les délinquants individuels, dont la majorité sont des hommes blancs et qui ne partagent pas leurs activités ou leurs mouvements avec d’autres personnes, car ils ne s’attendent pas à recevoir à un élan de sympathie à leur égard.

Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’un débat ouvert et honnête, fondé sur des faits, sans crainte de heurter les sentiments de la communauté pakistanaise britannique. Si, comme le montrent les faits, il y a surreprésentation des hommes asiatiques dans les infractions sexuelles impliquant des enfants, la communauté pakistanaise ne serait-elle pas la première à vouloir identifier et éradiquer ce problème au sein de leur communauté? À qui cela profite, à part aux viles créatures qui exploitent nos enfants en nous forçant à porter des œillères?

Faire l’autruche n’est certainement pas la solution pour aider les jeunes filles aux mains de ces groupes. Cela ne fera rien pour la jeune fille de 14 ans détenue dans un appartement et forcée de participer à des actes sexuels sur cinq hommes différents, pour la jeune fille de 15 ans victime d’une blessure interne grave de la part de deux hommes dans un parc, la forçant à passer plusieurs jours à l’hôpital.

C’est précisément ce genre de raisonnement qui a permis à une jeune fille de 13 ans, soûlée à la vodka, de se retrouver dans une maison avec un groupe d’hommes asiatiques. Après que les voisins aient entendu ses cris, la police est arrivée mais a arrêté la jeune fille pour ivresse. Ils n’ont pas jugé nécessaire d’interroger les hommes.

Muna Adil est chercheuse à Quilliam International.

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