La ville de Madrid réussit à contrer de nombreuses menaces, mais elle doit maintenant contrer l’idéologie islamiste.

A chaque attaque terroriste sur le sol européen, nous pouvons être certains de deux choses : l’attaque aurait pu être bien pire et la prochaine attaque aura lieu dans peu de temps.

Les autorités enquêtant sur l’attaque terroriste de Barcelone, faisant 13 morts et blessant de nombreuses personnes, pensent qu’il s’agit du travail d’une cellule terroriste composée de 12 personnes. Ces 12 personnes ont aujourd’hui soit été arrêtées, soit tuées, incluant le dernier membre tué lundi à l’ouest de la ville. Les autorités pensent que la cellule avait prévu une attaque d’envergure plus grande incluant des explosifs de gaz.

Alors que l’Etat Islamique perd peu à peu du territoire en Syrie et lutte pour maintenir sa pertinence, le nombre d’attaques de grande envergure, demandant peu de moyens, a augmenté. Les gouvernements occidentaux ont également travaillé pour adapter leurs systèmes de sécurité à ce type d’attaques afin d’atténuer leurs répercussions. Cependant, il existe une différence entre répondre à une attaque terroriste et la prévenir.

Le fait que l’Espagne soit devenue une cible de l’Etat Islamique peut surprendre, mais il existe bel et bien des raisons. Durant 700 ans le territoire appelé Al-Andalus, incluant l’Espagne contemporaine, était régit par les règles musulmanes. Ce n’est qu’à la Reconquista en 1492 que l’Empire Islamique perd ce territoire et commence son lent déclin.

Dans le monde musulman, cette perte historique et devenue une raison de contestation comme l’avait énoncé Oussama Ben Laden en justifiant l’attaque terroriste de 2004 à Madrid qui avait tué 191 personnes. Oussama Ben Laden avait alors dit : « ce n’est qu’une partie du règlement d’anciens problèmes avec les Croisés espagnols ». Plus récemment, l’Etat islamique avait mis en garde l’Espagne : « nous reprendrons notre terre aux envahisseurs ».

Sur le plan pratique, les experts ont longtemps considéré le pays comme une plaque terroriste reliant l’Europe à la Syrie et à l’Irak, notamment en raison de sa position géographique. Bien que physiquement éloignée des principaux combats ayant lieu en Irak et en Syrie, sa proximité avec l’Afrique du Nord et sa position sur le continent européen en font un centre idéal pour les activités djihadistes. L’Espagne est également un centre financier important pour les réseaux terroristes en Irak et en Syrie.

Depuis l’attaque terroriste de 2004 à Madrid, l’appareil sécuritaire de l’Espagne a intensifié ses efforts pour déraciner et perturber les réseaux terroristes souterrains opérant sur son sol. Dans une large mesure, cet objectif a été rempli.

En février 2016, sept membres d’une cellule responsable de l’envoi de marchandises aux combattants en Irak et en Syrie ont été arrêtés par les autorités. Au mois d’avril de cette année, la police espagnole a arrêté neuf personnes ayant des liens possibles avec les récentes attaques en Belgique et en France. Un jour plus tard, la police a arrêté deux hommes soupçonnés de recruter pour l’Etat Islamique et d’aider les combattants à se rendre en Europe.

A l’heure actuelle, 700 personnes suspectées de terrorisme ont été arrêtées, 120 emprisonnées et 259 ont subi une enquête des tribunaux. La police espagnole surveille également plus de 1000 personnes à haut risque et près de 500 téléphones sont sur écoute. Entre 1996 et 2013, près de 29% des personnes condamnées pour des actions ayant un lien avec le terrorisme avaient été arrêtées dans la région de Barcelone.

Probablement en réponse à la politique répressive de l’Espagne, les djihadistes ont prévenu qu’ils intensifieraient leurs attaques dans les principales régions de la Méditerranée. La CIA avait prévenu il y a deux mois la police espagnole que Barcelone était une cible potentielle et soulignait également les Ramblas, lieu de l’attaque terroriste, comme un lieu particulièrement vulnérable.

Cependant, il ne suffit pas de se préparer à la prochaine attaque terroriste et de minimiser le nombre de morts. Il s’agit de faire plus pour s’attaquer à la racine du problème et défier l’idéologie salafiste islamiste derrière la récente montée de la violence. Le salafisme est sans doute la branche la plus puritaine de l’islam, avec des croyants adoptant la lecture la plus fondamentaliste du Coran. Ce sont les fanatiques qui font partie d’Al-Qaïda et de l’Etat Islamique.

Afin de lutter contre cette idéologie, nous devons avant tout nous attaquer à la politique bienpensante qui semble tolérer des idées contraires à tout ce que l’Occident défend, le tout sous couvert de protection des minorités. L’Occident doit se rendre compte qu’il commet une grave injustice envers les musulmans quand il n’arrive pas à nommer et à défier cette idéologie islamiste et à refuser d’isoler les extrémistes du reste des musulmans.

La communauté musulmane d’Espagne fait partie des mieux intégrées d’Europe et a un des taux de radicalisation le plus bas du continent. Non seulement les communautés musulmanes ont salué les efforts des autorités espagnoles pour éradiquer les réseaux terroristes dans le pays, mais elles insistent sur le fait d’en faire plus.

Selon Laarbi Mateis, secrétaire de la Commission islamique dans la ville espagnole de Ceuta, « la police fait de bonnes choses, avec un ralentissement des recrutements. Mais tous les efforts sont liés à la sécurité et non à l’éducation. Nous avons besoin de mesures sociales ».

Monsieur Mateis a raison. Jusqu’à ce que nous nous occupions de l’idéologie fondamentaliste étant la cause fondamentale de l’extrémisme islamiste, nous ne pouvons pas espérer rester à l’abri de la terreur dans nos rues, quel que soit l’efficacité de nos services de renseignement et de sécurité.

Haras Rafiq est le PDG de Quilliam International, où Muna Adil est chercheuse.

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