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Qu’est ce qui constitue le terrorisme? La réponse est simple: utiliser la menace ou la violence réelle comme moyen d’atteindre une fin politique.

La notoriété des attentats terroristes perpétrés au cours des dernières décennies par des idéologies extrémistes islamistes, conjuguée au manque de constance dans la définition du terrorisme, a non seulement suscité une animosité généralisée à l’égard des musulmans, mais a aussi limité la compréhension du terme par le public.

Plus important encore, elle a servi à négliger l’émergence d’une idéologie extrémiste tout aussi dangereuse mais également d’attaques terroristes similaires: celles inspirées de l’extrême droite.

Le terrorisme islamiste est alimenté par l’idéologie politique de l’islamisme, mêlée à une interprétation salafiste djihadiste de l’islam. Pour autant, par crainte d’être taxé d’anti-musulman, plusieurs politiciens ont utilisé des termes comme « terrorisme inspiré par Al-Qaïda » ou simplement
« terrorisme », afin de chercher à éviter la confrontation avec les musulmans non extrémistes en ne nommant pas l’idéologie islamiste.

Les conséquences de cette négligence ont été nombreuses. Au-delà de la recrudescence rapide du fanatisme anti-musulman, le discours public qui en a résulté a révélé des doubles standards désastreux, montrant beaucoup de personnes inconsciemment incapables de traiter le terrorisme sous une forme différente que celle du terrorisme islamiste.

Cette semaine, Thomas Mair, un terroriste d’extrême droite obsédé par Hitler, a été condamné pour le meurtre d’une parlementaire britannique, Jo Cox. La députée, concernée par les souffrances des civils syriens et favorable à l’accueil de migrants et à la coopération avec les institutions internationales, a été poignardée et fusillée alors que Thomas Mair criait « Mort aux traitres ».

De même, les partisans de l’Etat islamique, motivés par la création d’un Etat et l’application d’une version de la charia, exécutent les musulmans parce qu’ils ne sont pas assez musulmans, et les non musulmans pour leurs croyances différentes.

Tant l’extrême droite que l’extrémisme islamiste sont animés par des idéologies politiques déshumanisantes, prônant la haine et cherchant à purifier la société des personnes ne pensant pas comme eux. Dans la foulée du meurtre de Cox, Mair a été publiquement étiqueté de tous les noms, du nazi au « fou d’extrême droite ». Si un extrémiste exécute un non-croyant en criant « Allah Akbar », comment devrions nous réagir?

Mair a peut-être été poussé par les idéologies nazies, mais l’objectif politique qui sous-tend son action confirme la nature terroriste de son crime: il doit être étiqueté comme tel. Le langage utilisé par les terroristes islamistes ou d’extrême droite est similaire, leurs crimes sont similaires, les idéologies derrières ces crimes ont des composantes similaires. Pourtant, certains discours publics semblent réticents à utiliser le terme de terrorisme lorsque l’acte est motivé par des idéologies autres qu’islamiste.

Cette perception biaisée se reflète également dans les débats sur la stratégie britannique de « Prevent », conçue pour prévenir les attaques terroristes au Royaume-Uni, largement qualifiée d’anti-musulmane et que certains croient (à tort) participer à l’extrémisme islamiste. Pourtant, le fait est que dans certaines régions du Royaume-Uni, plus de personnes étant dans le programme de déradicalisation ‘Channel’ étaient des extrémistes d’extrême droite plutôt que des extrémistes islamistes.

Si le discours public associe toujours le terrorisme aux seules atrocités islamistes, comment peut- on rejeter l’idée que tous les terroristes sont musulmans ou que tous les musulmans sont des terroristes potentiels? En ne faisant pas preuve de cohérence, nous alimentons le discours islamiste selon lequel l’Occident déteste l’islam et vice-versa.

En outre, en ne reconnaissant pas la nature extrémiste du suprémacisme blanc, des idéologies d’extrême droite, et en omettant d’exposer leurs parallèles avec l’extrémisme islamiste, nous ignorons la gravité du problème croissant de l’extrême droite.

Si nous ne prêtons pas attention à la réciprocité des modèles de radicalisation, nous créons directement le terrain fertile pour l’idéologie extrémiste de l’extrême droite. La réciprocité, montrant que les deux extrémismes sont stimulés l’un par l’autre, confirme que nous ne pouvons pas combattre l’un sans défier l’autre.

Il est donc impératif de discuter de la politique qui pousse les idéologies extrémistes au terrorisme, qu’il s’agisse des idéologies islamistes ou d’extrême droite. Cela nous permettrait non seulement de distinguer tous les musulmans de l’extrémisme islamiste et de limiter ainsi la haine grandissante à leur égard, mais aussi d’empêcher les idéologies extrémistes parallèles de s’enraciner davantage.

Nous devons comprendre très vite qu’il existe une relation symbiotique entre les deux et qu’ils se nourrissent l’un de l’autre. Les deux poids deux mesures doivent être abordés afin que les recruteurs ne puisse plus manipuler les perceptions.

Ce n’est qu’alors que nous pourrons commencer à traiter toutes les formes de terrorisme de manière cohérente, afin que les auteurs de ces actes puissent être traduits en justice et que les mots soient bien choisis au sein de nos sociétés.

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