Je suis un musulman et ancien professionnel du renseignement qui a poursuivi des extrémistes islamistes – nous devons maintenant faire de même avec les terroristes racistes sur notre territoire – Muhammad Fraser-Rahim

Les attentats terroristes perpétrés sur notre sol plutôt ce mois-ci à Charlottesville (Virginie), qui a fait au moins un mort et plus de 19 blessés graves et où un groupe de manifestants « Unite the Right » s’est regroupé, rassemblant des nationalistes blancs et un réseau de groupes d’extrême droite, ont de nouveau placé au premier plan les attaques terroristes à caractère raciste aux Etats-Unis.

Examinons quelques-uns des exemples les plus récents. Cette année, le 26 mais, Jeremy Joseph Christian, connu de la police pour ses discours haineux et sa rhétorique extrémiste propres aux nationalistes blancs, a tué deux témoins innocents, Ricky John Best et Myrddin Namkai Meche, venus à la rescousse de deux musulmanes harcelées par Christian. Le 20 mai, Sean Urbanski de Collège Park, membre d’un groupe Facebook raciste appelé Alt-Reich Nation a poignardé Richard Collins III, un officier de l’Armée nouvellement engagé, âgé de 23 ans et qui était à quelques jours de l’obtention de son diplôme en administration des affaires. En juin 2015, dans ma ville natale de Charleston, Dylan Roof a pénétré dans l’église historiquement noire de l’Episcopal Méthodiste Africain Emmanuel et a tué 9 personnes.

Ce que tous ces terroristes étasuniens ont en commun, c’est une motivation idéologique derrière leur cause. Alors que les attentats perpétrés par des extrémistes islamistes, que le public connaît bien en raison de la couverture médiatique et des groupes prolifiques comme l’Etat islamique et Al-Qaïda, feront probablement les gros titres, la menace croissante du terrorisme « maison » mérite plus d’attention et est fortement en hausse.

En se fondant sur la recherche universitaire en sciences sociales, nous pouvons remarque que les groupes terroristes manquent largement de ressources financières, d’expertise et de capacités physiques pour vaincre des acteurs étatiques. Cependant, leur capacité à promouvoir leur programme par la violence qui façonne les perceptions des problèmes politiques et sociaux séduit souvent de nouvelles recrues. Dans ce cas-ci, les groupes terroristes nationaux, principalement sous la forme de nationalistes radicaux comme nous l’avons vu ce week-end, utilisent leurs griefs communs pour se rallier les uns aux autres.

Selon le groupe de réflexion New America Foundation sur la politique publique, les attaques terroristes ayant eu lieu sur le sol des Etats-Unis montrent qu’en dehors des événements tragiques ayant eu lieu dans les boîtes de nuit d’Orlando, entre 2002 et 2016, des groupes affiliés à l’extrême droite ont mené 18 attaques qui ont conduit à la mort de 48 personnes, tandis que les terroristes motivés par Al-Qaïda ou l’Etat islamique ont tué 45 personnes en 9 attaques.

En tant qu’ancien analyste antiterroriste du gouvernement étasunien pendant plus d’une décennie, j’ai travaillé sur des questions difficiles et délicates en matière de sécurité nationale, en cherchant à comprendre les causes profondes de la radicalisation et de l’extrémisme violent, tant aux Etats-Unis qu’à l’étranger, en traitent des sujets comme ceux que nous avons vus au cours de la semaine dernière. Ce que j’ai pu constater, c’est qu’il existe toujours une relation symbiotique entre les islamistes et les terroristes d’extrême droite. Les séparatistes idéologiques, que ce soit leur interprétation stricte et étroite de la religion, ou leur vision culturelle et sociale du monde, partagent une conception commune de la vie en pensant qu’ils sont menacés et voulant rétablir un passé révolu qui existait temporairement ou qui n’a jamais existé dans l’histoire.

Afin de vaincre cette menace, les Etasuniens, incluant les citoyens mais aussi les décideurs politiques de Washignton, doivent s’attaquer pleinement et ouvertement à ce passé sombre et difficile, en s’attaquant aux inégalités raciales et sociales qui refont maintenant surface et qui radicalisent les étasuniens blancs marginalisés en utilisant la race, la religion et des motifs historiques comme un outil de ralliement.

Le travail que mon organisation entreprend quotidiennement pour contrer la rhétorique extrémiste ne s’adresse pas seulement aux islamistes, mais également aux recrues vulnérables des terroristes étasuniens qui partagent une perspective commune : celle d’invoquer la peur, la haine et la terreur. La création de coalitions avec le gouvernement, la société civile, les croyants et les citoyens nous aidera tous à trouver des solutions sur le long terme à un problème de plus en plus grave, qui prend maintenant des proportions épidémiques et qui se trouve dans notre propre jardin.

Muhammad Fraser-Rahim, Directeur exécutif, Amérique du Nord, Quilliam International, première organisation de lutte contre l’extrémisme établie il y a plus d’une décennie avec des bureaux à Londres et à Washington.

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