Cet article a été publié sur le site web de « The Times UK »vous pouvez lire l’article en anglais ici.

Alors que Londres se remet d’une série d’événements tragiques, un autre attentat terroriste a frappé les rues de la ville lundi matin. La révoltante campagne anti-musulmane s’est déroulée à l’extérieur de la Muslim Welfare House, alors que les fidèles quittaient les lieux après la prière du soir.

Des témoins ont raconté les cris alarmants de l’agresseur qui répétait « Je veux tuer tous les musulmans » alors qu’il fonçait en camionnette à travers les piétons. Il est clair que les actions de cet individu étaient une manifestation de la haine anti-musulman se répandant en Occident depuis maintenant un certain temps.

Les différentes formes de l’extrémisme contemporain en occident – islamisme, ethno- nationalisme et gauche régressive – ont leurs ramifications violentes respectives qui utilisent une rhétorique similaire afin de se justifier et s’en prendre aux autres. Tous trois méprisent et visent les modérés qui les critiquent. En ce moment, le plus organisé et dangereux d’entre eux est peut-être l’islamisme, mais cette évaluation n’est pas figée dans le temps comme le montre l’attaque à la mosquée de Finsbury Park. N’oublions pas que l’Europe est à l’origine d’un génocide anti-musulman en Bosnie. Se disputer sur l’action et la réaction, sur celui qui a commencé et dont la colère est la plus justifiée est aussi inutile que de se demander qui est venu en premier, l’œuf ou la poule.

Les récents attentats terroristes revendiqués par l’Etat islamique à Manchester puis à Londres ont été des tactiques militaires délibérées, menées avec l’intention de diviser et de polariser notre société. L’Etat islamique nous l’a dit lui-même. Une fois que la fracture sociale commence à s’installer, la population a tendance à se réfugier dans des positions et des points de vue extrêmes. Seuls les extrémistes des deux camps profitent de cette spirale descendante pour provoquer une guerre civile.

Les bigots anti-musulmans et les islamistes sont souvent considérés comme deux groupes opposés, alors qu’ils ne sont en fait que les deux faces d’une même pièce. Oui, le terrorisme djihadistes présente une menace mondiale beaucoup plus importante, mais selon notre gouvernement, l’extrémisme anti-musulman a été l’extrémisme s’étant développé le plus rapidement ces deniers temps. Les anti-musulmans « les Muslimphobes » et les islamistes ont beaucoup de choses en commun: les deux groupes insistent sur le fait que l’islam est une idéologie politique totalitaire en contradiction avec nos démocraties libérales. Ils insistent donc tous deux pour une opposition inévitable. Alors qu’un groupe demande souvent l’interdiction du Coran, l’autre appelle à l’interdiction de tout sauf du Coran. Ensemble, ils forment les deux pôles contraires d’une bombe à retardement.

L’extrémisme anti-musulman et l’extrémisme islamiste existent dans une sorte de relation symbiotique contre-nature où chacun soutient l’autre, et tous deux créent ensemble le terrain parfait pour que leurs idéologies respectives non seulement persistent mais prospèrent également. Le désir d’imposer l’islam et le désir de l’interdire représentent des idéologies jumelles qui, si elles ne sont pas contrôlées et contestées, ont le potentiel de causer des ravages dans nos sociétés.

Mais cela ne signifie pas pour autant que nous laissions ce cercle vicieux de la haine se poursuivre. Nous ne pouvons et ne devons pas permettre à l’une ou à l’autre des parties de détourner le discours, de dicter notre vision du monde et de polariser nos sociétés, ni même d’étouffer le débat intellectuel sur le rôle de la religion et sa nécessité de réforme dans nos sociétés complexes. Comme les islamistes qualifient souvent tous les non-musulmans d’ennemis, et que les anti-musulmans s’en prennent à tous les musulmans comme ennemis, il nous appartient, à nous, la société civile, d’être suffisamment rationnels pour voir l’absurdité d’une telle vision du monde en noir et blanc.

La société civile doit résister à l’extrémisme dans toutes ses définitions, qu’il s’agisse d’un discours ou d’une manifestation violente. Toute attaque contre des civils à des fins idéologique est du terrorisme, et tout acte terroriste constitue une atteinte aux valeurs libérales ancrées dans les fondements même du monde libre.

De même que nous demandons aux musulmans de faire davantage pour lutter contre l’islamisme clandestin au sein de leurs communautés, nous devons aussi demander à la droite populiste de s’attaquer à la montée de l’extrémisme anti-musulman dans leurs rangs. Nous devons tous être solidaires face à toutes les formes de l’extrémisme, violent ou non, d’où qu’il vienne.

Maajid Nawaz est le fondateur de Quilliam, la première organisation de lutte contre l’extrémisme au monde.